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Par : webmestre
Publié : 15 mai 2013
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Rencontre avec Sarah Lichtsztejn-Montard.

Mardi 7 mai 2013, les élèves de 3e ont eu le privilège de vivre un moment exceptionnel en compagnie de Madame Sarah Lichtsztejn-Montard. Cette survivante des camps de la mort nazis, âgée de 85 ans aujourd’hui, est venue leur apporter son témoignage sur la répression antisémite menée en France sous le Régime de Vichy, entre 1940 et 1944 : des discriminations à l’encontre des Juifs jusqu’ à leur persécution et déportation. Ainsi Madame Montard a été victime de la rafle du Vel d’Hiv le 16 juillet 1942 et a connu ensuite la déportation, du 24 mai 1944 au mois d’avril 1945, au camp d’Auschwitz-Birkenau puis de Bergen-Belsen (où elle a vu Anne Franck). Dans cette histoire vécue, qui est-elle même une page d’Histoire, Madame Montard a mis en évidence trois points forts : par son témoignage, tout d’abord, elle nous lance un appel à la tolérance ; d’autre part elle témoigne pour que l’on sache ce qui s’est passé pendant ces années noires et que cette tragédie ne soit ni passée sous silence ni même niée ; enfin elle témoigne pour nous passer le flambeau de la mémoire.

« Quand on nous humilie, on a le même cœur qui saigne », le ton est donné dès le début du récit : Sarah commence par évoquer les discriminations dont les Juifs sont victimes dès la mise en place du régime de Vichy par le maréchal Pétain en 1940 : le rationnement avec des restrictions sur les horaires de ravitaillement (seulement de 15 à 18 heures) pour les familles juives, une fois qu’il n’y a plus rien dans les magasins, le statut des Juifs en octobre 1940 puis en juin 1941 : interdiction d’exercer certaines professions, de faire de la bicyclette, obligation de se faire déclarer, internement dans les camps de Pithiviers et de Beaune la Rolande, port de l’étoile jaune pour tout juif de plus de 6 ans (Sarah nous montre cette étoile qu’il fallait coudre sur les vêtements ; chacun devait en acheter 3 ; une étoile coûtait 3 tickets de textile, une jupe en coûtait 5). A cela s’ajoute la propagande qui monte la population contre les Juifs, y compris entre enfants à l’école. L’intolérance et la répression aboutissent à la rafle du Vel d’Hiv, le 16 juillet 1942.

Sarah a 14 ans, « Ce jour-là, j’ai senti que mon enfance basculait ». « J’ai ressenti une profonde injustice ; moi j’étais prisonnière uniquement parce que j’étais née juive ». La rafle du Vel d’hiv, organisée par la police française aux ordres de Vichy, c’est la terreur, la faim, la puanteur, le mensonge officiel « On nous a menti tout le temps ». Aux questions des personnes arrêtées, la réponse était « vous allez travailler en Allemagne. Mais même les handicapés et les moribonds étaient amenés dans le Vel d’Hiv. Sarah et sa mère réussissent à s’échapper, grâce à la bienveillance de quelques policiers français qui ont risqué de désobéir aux ordres. De ce moment Sarah garde des images terribles. La verrière du Vel d’Hiv peinte en bleu donnait une lumière glauque. « Les gens avaient l’air de fantômes verts ; ils ont hanté mes cauchemars pendant des années ». Commencent alors deux années de vie clandestine avec de faux papiers, de traque permanente. Sarah va au lycée, son havre de paix.

Mais le 24 mai 1944, Sarah et sa mère sont arrêtées, suite à une dénonciation. Après le passage à la préfecture de police de Paris puis au dépôt du palais de justice, c’est l’internement au camp de Drancy et finalement, le 29 mai, le départ pour la déportation à Auschwitz. 1004 personnes font partie de ce convoi de déportés. Seulement 85 survivront et reviendront en France en 1945 ! 627 personnes ont été gazées dès l’arrivée au camp, 239 hommes et 134 femmes ont été selectionnés pour le travail.

Le voyage est épouvantable : entassement dans des wagons à bestiaux et marchandises, manque d’eau, de nourriture et d’hygiène : un baril d’eau et un baril en guise de toilettes. Puanteur, promiscuité, maltraitance, certains n’y résistent pas et meurent avant l’arrivée à Auschwitz le 2 juin. Les premières images du camp, ce sont les déportés en tenue rayée, la séparation des hommes et des femmes, le tri des déportés sous l’œil du Docteur Mengele. Puis c’est l’installation et le début de la déshumanisation : la remise du numéro de matricule, apprendre à se nommer uniquement par ce numéro, le tatouage, la tonte, l’étuve, la remise des vêtements et l’installation dans le baraquement. Tout cela dans un environnement marqué par la puanteur de la chair humaine brûlée et les cheminées des fours crématoires qui éclairent la nuit. L’enfer où « on entre par la porte et on sort par la cheminée » !
Au quotidien, la vie dans le camp, c’est le réveil à quatre heures, l’eau chaude teintée qui fait office de café, l’appel en extérieur qui dure deux heures. Puis la journée de travail de 8 heures jusqu’à 17 heures : Sarah est affectée aux commandos extérieurs : transport de pierres, de rails, creuser des canaux de drainage, travaux des champs à la moisson ou pour les labours. Outre la fatigue, il y a les brimades, la violence des gardes et du kapo, la faim (Les rations de nourriture sont prévues pour que les déportés tiennent deux mois et demi) : dans ces conditions, certains « vont au fil » c’est-à-dire se suicident sur les barbelés électrifiés qui entourent le camp.

De janvier à avril 1945, Sarah est au camp de Bergen-Belsen. Il faut tenir jusqu’à la libération du camp qui survient en avril, malgré les poux, les rats et l’épidémie de typhus que Sarah contracte le jour de ses 17 ans et qu’elle surmonte grâce aux soins de sa mère.

De retour à Paris, Sarah et sa mère vont petit à petit se rétablir et reconstruire leur vie ; il faudra de nombreuses années avant que Sarah et les autres survivants de la déportation puissent témoigner. Ils le font maintenant pour nous passer le flambeau : à nous aussi de transmettre cette page d’Histoire.

Et pour approfondir nos connaissances, nous pouvons lire le livre écrit par Sarah Lichtsztejn-Montard Chassez les papillons noirs, collection Témoignages de la Shoah, éditions Le Manuscrit, Paris, mai 2011.

Madame Sarah Lichtsztejn-Montard Elèves et personnel du collège écoutent attentivement ce précieux témoignage. Madame Sarah Lichtsztejn-Montard en compagnie de Mme Baratte Un livre autobiographique La presse en parle : article du courrier de l'Eure La presse en parle : article de l'Eveil Normand

L’équipe d’Histoire Géographie.

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